22 novembre 2009
L'élégance du Hérisson. Muriel Barbery
L'élégance du Hérisson, célèbre roman ayant connu un grand succès populaire, raconte l'histoire d'une concierge à la culture sans limite, qui se fait passer pour un stéréotype de concierge acariâtre et d'une gamine de 12 ans qui veut se suicider après avoir tenté de capter autour d'elle ce qu'il y a de beau dans le monde, le tout dans un immeuble uniquement habité par des riches.
Je n'ai pas aimé ce livre. Non pas qu'il soit mal écrit, bien au contraire, c'est le plaisir des mots qui m'a porté jusqu'à la fin de cet ouvrage. Non, ce qui ne m'a pas plu, c'est l'incroyable vacuité du bouzin.
Résumons: Nous avons donc d'un côté une concierge d'une finesse culturelle sans limite qui passe l'intégralité de sa vie à se faire passer pour ce qui se rapproche le plus du bovin, entourée de ce qu'elle déteste le plus: des riches abrutis et médiocres. De l'autre coté, nous avons une jeune fille de douze ans, au cynisme éclairé, qui a réponse à tout, qui méprise tout le monde et décide de se suicider en mettant le feu à l'appartement de sa famille d'idiots. Si on oublie le fait que l'enfant est totalement détestable, on arrive à apprécier les moments avec la concierge en se disant que cela mènera à quelque chose... Et quand on a l'impression qu'enfin ce quelque chose va arriver, c'est la fin du livre. Premier point de désobligeance.
Second point, et celui-ci me fait dresser le poil: durant tout le livre, on nage dans une culture de l'élitisme assez hallucinante, ici il n'est question que de littérature classique, de philosophie grecque, de cinéma d'auteur, et de musique classique, et lorsqu'une culture plus "POP" fait irruption dans le récit, cela donne plus l'impression d'un raciste qui se justifie en disant: "Mais non mon cher ami, je ne suis pas raciste, j'ai un très bon ami noir avocat...", on y croit pas.
Du coup on tombe dans un truc qui m'insupporte, puisque j'ai passé la quasi totalité du roman à entendre: "Mais enfin gamin, si tu ne connais pas ces trucs sublimes, c'est que t'es vraiment une sous-merde, comme les riches du bâtiment qui prennent la concierge pour une truffe alors qu'elle leur est supérieure à tous par sa culture". Je trouve le ton très prétentieux et plutôt donneur de leçon...
Enfin, et sans dévoiler la conclusion de cet intense récit: MAIS C'EST QUOI CETTE FIN DE MERDE??? Qu'est ce qu'elle a voulu nous dire? Ça part de nulle part pour ne mener à rien, ça brasse une semoule incroyable de suffisance, et c'est même pas capable de nous pondre une conclusion qui soit un minimum sympa.
Conclusion, une écriture vraiment agréable au service d'une histoire sans intérêt, on appelle ça un beau gachi.
18 octobre 2009
Baise-moi - Virgine Despentes
L'histoire:
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près : elles refusent de subir la vie, ses frustrations et es défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarchés en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.
Le lecteur suit donc ces deux filles pendant un road trip fou à travers la France. Avec leurs "guns", elles tirent sur tout ce qui peut les gêner dans leur descente aux enfers. Elles tuent par plaisir, par provocation, pour faire la une des journaux, marquer les esprits (elles tueront même un gamin). Elles n’ont pas de mobiles car elles n’en ont pas besoin. Ces hold-up, ces meurtres, ces parties de "baise" (elles couchent avec des hommes et les jettent après comme des merdes), c’est leur revanche sur la société, leur manière à elles de montrer que ce sont des électrons libres et qu’elles se sont affranchies du joug de l’autorité. (petit plaisir personnel…)
Virginie Despentes n’y va pas par quatre chemins. C’est cru, direct, syncopé, un peu à l’image de ses héroïnes finalement. Elle se contente simplement de relater les faits. Elle ne cherche ni à excuser le comportement de ses personnages, ni à le mettre en valeur ; Nadine et Manu reconnaissent d’ailleurs n’avoir "aucune circonstances atténuantes". C’est au lecteur de se faire sa propre idée, à lui de voir ce qui peut faire de tout ça.
Si j’ai bien aimé l’histoire, je regrette un peu l’écriture. Ce ne sont pas les passages crus qui m’ont dérangée, plus les passages de description. Je les trouve parfois un peu faciles. Je pense que l’histoire aurait eu plus de gueule avec un petit truc en plus dans la manière de présenter les choses. Mais bon, et c’est ça aussi qui a fait le succès du livre : direct, brute, sans fioritures autour.
L’auteur nous emmène dans un univers apocalyptique et désespéré, où les limites sont dépassées et où "le meilleur plan, c’est encore de ne pas avoir de plan".
23 septembre 2009
Chronique de Vampires - Anne Rice
Ou comment Stephenie Meyer paraît carrément indigeste après avoir lu Anne Rice...
Il faut dire que je fais les choses dans le désordre. Je me lance dans Twilight alors que c'est dans du Anne Rice que j'aurais dû me jeter. MAIS. D'un autre côté, j’ai gardé le meilleur pour la fin.
Je viens donc de terminer les trois premiers tomes de la Chronique des Vampires : Entretien avec un vampire, Lestat le vampire et La reine des damnés.
Entretien un vampire relate l’interview de Louis de la Pointe du Lac, vampire de son état, à un jeune journaliste, Daniel. Il raconte son histoire sur plusieurs siècles, comment il est devenu vampire, ses relations conflictuelles et passionnelles avec Lestat et Claudia, enfant vampire âgée d’à peine 5 ans.
Lestat le vampire se situe après la publication du livre par Daniel et développe très profondément l’histoire de Lestat. Tout ce qu’ignore Louis dans le 1er tome est ici raconté. On remonte loin dans le temps. Le roman raconté à la 1ère personne dévoile un aspect nouveau de Lestat, il apparaît sous un jour beaucoup plus humain mais paradoxalement beaucoup plus torturé. Et évidemment il apporte de nombreuses clés dans la compréhension d’Entretien avec un vampire.
Quant à La reine des damnés, il est certainement le plus complexe et le plus dense des trois premiers tomes. D’une richesse phénoménale, Anne Rice nous fait remonter jusqu’aux origines des vampires par un procédé littéraire vraiment très bon (et pourtant assez simple) : une galerie de personnages racontent chacun leur propre expérience de l’histoire qui se déroule et du retour de la reine des damnés. L’histoire des vampires chevauche l’Histoire du monde, dans l’Egypte Antique, dans les jungles inexplorés, au Paris et dans l’Italie de la Renaissance, la légendes Jumelles, Bébé Jenks et le gang des Crocs, la Déesse Pandora, l’histoire de Daniel, Khayman et l’histoire de Jesse, la Grande Famille et Talamasca et bien sûr Akasha et Enkil…
Que des noms aux résonances mythologiques et là où dans Twilight, j’avais été foutrement déçu, j’ai été tout simplement comblé !
Tous ces tomes sont riches, superbement écrits et décrits, on est plongé au cœur de l’obscurité vampirique, c’est malsain et violemment sensuel, c’est angoissant et intense.
Le trio Lestat-Louis-Claudia dans Entretien avec un vampire est l’opposé total des relations entre les vampires de Twilight, c’est je t’aime moi non plus mais c’est aussi pervers, tendancieux. Comment ça ne pourrait pas l’être, Claudia a cinq ans et dort dans le même cercueil qu’un homme adulte. La sensualité est très présente entre les vampires, et notamment les vampires masculins, mais avec les vivants également. L’acte de mise à mort d’une proie est semblable à l’acte sexuel, ça en est même un substitut.
Et tous les vampires prennent plaisir à se nourrir, à flairer une proie, à la choisir. Personnellement, ça ne m’a pas choqué, ça m’a paru normal même. A quoi ça rime de faire une histoire sur les vampires si ceux-ci ne se sentent même pas vampires !
D’ailleurs, ici cohabitent la nature profondément sombre des vampires mais aussi un besoin d’humanité pour ces mêmes vampires.
J’ai pris terriblement de plaisir à lire ces tomes, très flippants par moments et où marmoréen doit écrit 5 fois au maximum dans 1500 pages…
Et même si je sais que la série s’essouffle un peu avec les autres tomes (9 en tout), j’ai quand même envie de le lire parce que le côté mythologique et historique m’a vraiment plu. Je regrette juste de ne pas les avoir lus plus tôt ! J’ai clairement préféré Lestat le vampire et La reine des damnés par leur densité mais Entretien avec un vampire pose les bases de la saga.
Bref si vous voulez lire quelque chose de très bon sur les vampires, je vous conseille ardemment cette Chronique des Vampires.
20 août 2009
Blankets, Manteau de Neige de Craig Thompson
J’ai pris ce livre sur les étagères d’une
bibliothèque qui n’est pas municipale mais qui est néanmoins tout aussi
fournie. Et quand je l’ai emprunté, sur conseil, je ne pensais pas que
cette lecture m’enchanterait autant…
Blankets
est donc un roman graphique autobiographique de Craig Thompson. Né en
1975, il raconte dans ce deuxième récit, une large partie de son
adolescence.
Entrecoupée de flash-back de son enfance, Craig
Thompson décrit ses tourments d’adolescent, ses préoccupations sur
l’avenir mais surtout son premier amour, Raina.
Cet objet littéraire
vraiment magnifique de presque 600 pages est un des plus puissants «
descripteurs » de sentiments que j’aie pu lire. Dans un dessin en noir
et blanc, contrasté, fluide, délicat, on assiste à la naissance d’un
premier amour, îlot de sauvetage dans les marécages de la puberté. Mais
également à une enfance au cœur de l’Amérique du nord, profonde et
puritaine, à la relation fraternelle « Quand nous étions jeunes, Phil,
mon petit frère et moi partagions le même lit. « Partager » est un doux
euphémisme pour dire que nous étions des enfants, nous étions piégés
dans le même lit et nous n’avions pas à discuter. »
On découvre
l’étouffement de parents trop aimants, croyants et autoritaires, la
bêtise des moqueries dans la cour d’école, la moralisation des
professeurs qui voulaient faire de Craig un homme d’église.
Et puis
cette relation avec Raina qui est vécue à la fois avec passion et
culpabilité par Craig. Profondément conditionné par une éducation très
catholique, chaque geste, chaque pensée est analysée et comparée avec
des extraits des Evangiles.
Craig trouve dans le dessin est exutoire.
Dans
cette histoire, il soigne le détail à un point inimaginable. Les pages
où Rania est le centre de tout, entourée de figures abstraites ou
réalistes sont simplement sublimes. Elle apparaît comme une icône
glorifiée.
On a envie de se plonger dans le trait de crayon et verser dans un rêve onirique.
Tout
un mélange d’émotions en 10 chapitres, le rire bien sûr, les larmes
aussi qui vont de pair, la colère, la révolte, l’espoir. Je n’avais pas
vraiment envie de le finir car je voulais continuer l’histoire de
Craig, son évolution, ses envies. Il faut un moment particulier, bien
choisi, pour le terminer.
En un mot, une superbe découverte,
émouvante et sensible sur un premier amour mais pas seulement, sur
toute une Amérique, tout un conditionnement religieux qui façonne sa
jeunesse et l’enferme dans une culpabilité inébranlable.
04 août 2009
Au fond du zoo à droite d'Edouard Launet
Au fond du zoo à droite, c’est carrément mieux que de la vulgarisation zoologique. C’est une succession de petits bijoux manuscrits.
Drôle et ironique, Edouard Launet nous offre un condensé des récentes découvertes sur le monde animal.
Loin
des longs articles en anglais bourrés de termes scientifiques à
rallonge, on se régale à connaître les secrets du cheval, la blondeur
de l’hérisson et à comprendre l’hypertension de la girafe !
On
picore, un chapitre à droite, un chapitre à gauche, libido de la poule
ou défonce du furet, pas besoin de linéarité ou de régularité.
Ludique et pas dénué d’intérêt, on ne pourra plus dire que la science, c’est chiant !
Pour l’heure, je compte bien aller me perdre Au fond du labo à gauche, histoire de me perfectionner.
Au fond du zoo à droite,
une lecture que je conseille à tous, ainsi vous apprendrez tout sur
l’ivresse de l’éléphant, le double pénis de l’iguane, la souffrance du
homard, la congélation du moucheron, l’éjaculat de la bruche,
l’altitude de l’homme mais aussi que les chats volent moins bien que
les oiseaux et qu’à New York, 90% des chats survivent aux chutes des
gratte-ciel mais que les traumatismes à l’arrivée sont sévères.
Contrairement à l’Ecosse, où les chats en plus de chuter, s’embrochent
parfois sur les pointes des grilles entourant de paisibles jardins.
Un bouquin juste trippant.
21 juillet 2009
Tout est sous contrôle, l'avis de Zofia
Allez rassurez-vous, je vais faire court, surtout que mon avis est sensiblement le même que mes comparses ;-)
Thomas Lang est un mec bien, je confirme. Et j’ai aimé suivre ses aventures, un brin farvelue, il faut le dire !
C'est un personnage charismatique, très bien développé, doté d’une répartie assassine et d’un flegme déconcertant.
La
galerie des personnages secondaires est du même niveau : excellente, à
la fois un peu clichée mais teintée d’originalité, d’une différence,
d’un truc en plus.
L’histoire en elle-même est prenante mais pas
totalement neuve, bien que l’humour distillé tout au long des pages
renouvelle vraiment le genre.
C’est parfois un peu ardu à
comprendre, un peu touffu et la ressemblance entre certains personnages
ne facilite pas toujours la compréhension. Certains passages qu’il faut
relire mais dans l’ensemble, le roman se lit plutôt bien.
J’ai passé un agréable moment en compagnie de
Thomas Lang (et c’est l’essentiel) qui se trouve être fort charmant, en
plus d’être un mec bien. Et pour finir, l’avis du Washington Post : «
Hugh Laurie crée un genre nouveau, le « réalisme sarcastique » avec ce
thriller qui à la fois captive et fait hurler de rire. »
24 juin 2009
Sur la route
Sur la route, c’est l’histoire de Sal Paradise. De Sal et de son pote Dean Moriarty, l’élément perturbateur.
C’était
dans l’après-guerre, une histoire d’allers-retours d’Est en Ouest, et
même parfois jusqu’au Sud. Une histoire chaotique comme une route de
montagne, explosive comme un excès de vitesse sur l’autoroute, rapide
comme quand Dean bloque la pédale d’accélérateur, les cheveux au vent,
à conduire une décapotable volée.
Ce livre est un livre de voyages,
de quête initiatique, de chemins parcourus. Dans un style nerveux, où
les phrases se bousculent les unes derrières les autres, rajoutent une
virgule pour se prolonger et se perdre dans les méandres du récit.
Désordonné, un peu confus mais toujours vivant, vivace, prenant.
On
se dit qu’on prendrait bien la première voiture venue et qu’il serait
agréable de tailler la route. Mais pour nous, jeunesse du 21ème siècle,
il ne faudrait pas seulement tracer la route mais remonter le temps.
Revenir à l’époque du bop, des routes désertes, du plein d’essence à 3
dollars, de l’absence de radars, de chômage, de l’insouciance du
lendemain.
Bref en plus d’être culte, ce livre a le mérite de nous
faire voyager, certes par procuration mais voyager quand même. Ça fait
envie, comme un air de regret d’être né à une période foireuse.
430
pages de kilomètres, sans un moment de calme pour reprendre son
souffle. C’est parfois un peu fatiguant à lire, d’autant qu’il y a
énormément de personnages et qu’il faut arriver à suivre. Mais ça rend
bien cette ambiance fiévreuse qu’ont l’air de vivre les personnages
pendant ces années débridées.
Par contre, j’ai trouvé que ça
finissait de façon un peu spéciale. Pas tellement le roman en fait mais
plutôt la relation entre Dean et Sal, relation vraiment particulière
dont on arrive jamais à savoir ce qu’il en est vraiment.
J’ai eu un
peu de mal à rentrer dans le roman, j’ai du le commencer deux fois,
tellement c’était dense, fourni, riche de descriptions d’un paysage
complètement inconnu de moi.
Ça a le goût de la nostalgie du
souvenir, mais celui vibrant de la jeunesse libre. Une sorte de Las
Vegas Parano en plus profond et plus spirituel.
Enfonçons-nous
dans la nuit occidentale à la suite de ces mauvais garçons au cœur pur,
« enfants de la nuit bop » ; tricheurs d’Amérique et aussi d’ailleurs,
hurlant leur peine, et que « Personne n’écoute là-haut » - extrait de la préface de Michel Mohrt de l’édition Folio
«
La ville de Gregoria était devant nous. Les gars dormaient et j’étais
seul au volant de mon éternité et la route filait droit comme une
flèche. Ce n’était pas comme si j’avais roulé en Caroline, ou au Texas,
ou en Arizona ou en Illinois ; mais comme si j’avais parcouru le monde
et les lieux où nous irons finalement quêter les leçons des Indiens
Fellahs de l’univers, essentielle engeance de la primitivité
fondamentale, humanité gémissante qui entoure d’une ceinture la bedaine
équatoriale de la terre depuis la Malaisie jusqu’à l’Inde, le
sous-continent immense, à l’Arabie, au Maroc, aux déserts et aux
jungles identiques du Mexique et, par-dessus les flots, jusqu’en
Polynésie, au Siam mystique de la Robe Jaune et autour, tout autour, si
bien que l’on entend la même lugubre lamentation le long des murs
pourris de la Cadix d’Espagne qu’à douze mille milles de là dans les
abîmes de Benares, la Capitale du Monde. Ces gens étaient
indubitablement des Indiens et les Panchos du stupide folklore de
l’Amérique civilisée ; ils avaient des pommettes saillantes et des yeux
bridés et des manières fort douces ; ce n’était pas des pantins, ce
n’étaient pas des clowns ; c’étaient des Indiens pleins de grandeur et
de gravité, la source même de l’espèce humaine qu’ils avaient
engendrée. Les migrations sont chinoises mais la terre est chose
indienne. Essentiels, tels des rocs dans le désert, ils se dressent
dans le désert de « l’histoire ». Et ils savaient cela tandis que nous
passions, tels des Américains vaniteux et richards qui venaient
apparemment faire la foire sur leurs terres : ils savaient qui était le
père et qui était le fils de l’antique vie sur cette terre et ils se
gardaient de tout commentaire.
Car, lorsque viendra le temps de
l’anéantissement pour le monde de « l’histoire » et que l’Apocalypse
des Fellahs luira de nouveau comme tant de fois auparavant, le peuple
aura le même regard fixe au fond des cavernes du Mexique et le même
regard au fond des cavernes de Bali où tout a commencé et où Adam fut
allaité et initié à la connaissance. Tel était le cours de mes pensées
tandis que je conduisais l’auto jusqu’à Gregoria, ville brûlante et
cuite par le soleil. »
Sur la route, Jack Kerouac, pages 396 et 397, éditions Folio
19 juin 2009
Tout est sous contrôle, comment peut-on sauver un thriller
Thomas a beau être un ancien militaire, il a des principes. Oui monsieur. Alors quand on lui demande d'assassiner quelqu'un, il refuse, c'est un gentleman, il ne mange pas de ce pain-là. Cependant, il se dit qu'il pourrait aller prévenir la cible qu'on lui a désigné afin d'éviter à celle-ci d'éventuels désagréments. L'idée n'est pas mauvaise, ce qui en résulte l'est bien plus.
L'avis d'Anto :
Quand j’ai su que Hugh Laurie avait écrit un livre, j’étais toute contente. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’étais toute contente. Quand j’ai commencé à lire le livre, j’étais toute contente. Mais malheureusement, au fil des pages tournées, j’étais de moins en moins contente.
Si cette intrigue de départ était plutôt alléchante et attirante, elle se révèle être en fait un vrai imbroglio ; et malgré une écriture assez agréable et souvent très drôle, il m’est arrivé à plusieurs reprises de revenir en arrière, car j’avais l’impression d’avoir oublié de lire des paragraphes.
En même temps, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce livre, car quand je le lisais, je prenais vraiment du plaisir à le faire, mais d’un autre côté, il m’arrivait de décrocher pendant quelque temps sans vraiment avoir envie de connaître la suite de l’histoire.
Je trouve ça dommage. D’autant plus que certains passages sont vraiment délectables. On retrouve l’humour noir, le cynisme du Docteur House. Mais sans dire que ce livre a été écrit par le médecin, on peut se douter que Hugh Laurie a apporté beaucoup de sa personnalité pour donner forme à se personnages fictif.
Je ne pense pas non plus que ça soit un mauvais livre, juste que je n’ai pas bien accroché. Mais je suis presque sûre que si vous êtes fan de ce médecin cynique et sans trop déontologie, alors vous aimerez très certainement ce livre.
L'avis de Clownface :
L'acteur de Dr House, Hugh Laurie a écrit un roman. J'aime beaucoup le show, mais également son interprète. Surtout en apprenant que le-dit roman fut écrit avant House (sous-entendu, pas écrit pour profiter de la notoriété).
Le récit débute de manière brutale, mais avec cet humour typiquement anglais, très bon point. Thomas Lang est un personnage très réussi, très anglais dans le ton et dans l'attitude. Ce récit policier se lit avec un plaisir non-dissimulé, avec un second degré qui fais passer le tout. Mais, c'était trop beau, notre personnage est tout d'un coup sorti de sa petite affaire et de son Angleterre natale, pour se retrouver dans une grosse, grosse machination mondiale, orchestré par pleins de gens, très, très méchant et très, très riche. Et là, c'est le drame, on se retrouve dans un thriller.
Cependant, trois points en sont venus à me rendre ce roman sympathique. Déjà, le personnage ne perd rien de son humour, et c'est hautement rafraîchissant. Ensuite, ça ne se prend pas au sérieux, les personnages se prennent au sérieux, mais c'est désarmorcé par des situations ils paraissent ridicule. Enfin, on sort de la petite secrétaire qui du jour au lendemain devient un mix de Rambo et de McGyver, le personnage est aguerri aux situations qu'il rencontre et n'est pas un péquin lambda qui se retrouve au milieu d'un champ de guerre.
Je soulignerais ce qui me semble être de belles erreurs de traductions qui ne font qu'embrouiller encore plus le lecteur dans une histoire qui n'est déjà pas très simple. En bref, un roman de plage, sympathique, qui se lit vite, qui vous fera passer un bon moment grâce à son humour, qui malgré tout n'échappe pas à certains poncifs (l'histoire d'amour et la ribambelle de personnages par exemple), mais qui passent bien si on est prêt à accepter certaines choses inhérentes au genre.
28 mai 2009
Les marécages de Joe R. Lansdale, une face sombre de l'amérique.
Harry, 13 ans, vit dans le Texas des années 30. Un endroit encore rancunier de la Guerre de Sécession et où le Klan a une influence non-négligeable, mais ça, ça n'intéresse pas Harry, il vit une petite vie tranquille avec ses parents et sa sœur. Seulement, il va être amené à se retrouver au milieu de l'enquête que son père va mener sur des meurtres de prostituées noires dans les marécages.
Exercice très difficile, raconter une histoire par les yeux d'un enfant. On a souvent le droit a un point de vue très naïf, et donc fatiguant à la longue. L'auteur arrive quand même à nous intéresser au récit et même si le narrateur ne comprend pas tout, il laisse le lecteur suffisamment d'indices pour comprendre ce que Harry ne peut pas. Le lecteur est donc mis dans à contribution, il est obligé de faire les liens et de combler les blancs face auxquels le narrateur est impuissant.
L'âge du héros permet aussi de distancier un peu l'horreur des crimes et des comportements. Même si Harry avance certaines hypothèses qui peuvent paraître ridicule, elles passent très bien, et on arrive à ressentir la peur de l'enfant pour le croque-mitaine qui sévit. Cependant, Lansdale n'en reste pas à Harry et livre une galerie de personnage haut en couleurs et étonnante, mais toujours logique et bien décrite.
Avec ce livre Joe Lansdale livre un portrait de l'Amérique loin d'être glorieux. Toujours englué dans le racisme, les ragots, cette Amérique-là vit toujours dans le XIXe siècle. Les gens qui sont un peu plus ouvert, qui respectent les noirs sont montrés du doigt, voir lynchés. Une part noire de son histoire, qu'elle aimerais oublier, mais qui est encore très récente.
Un livre très prenant, bien écrit qui livre un portrait de l'Amérique peu reluisant et sans concession. Je ne l'ai pas réussi à m'en détacher. Vraiment passionnant et très bien écrit.
27 mai 2009
New X-men Par Grant Morrison
Certains le savent, j'ai une passion pour Grant Morrison, ma passion est née durant la lecture de son passage sur les X-men. Je suis actuellement en train de relire cette période, et il m'a semblé intéressant de vous expliquer pourquoi cette époque est mythique.
Grant Morrison récupère la série x-men, et décide de partir aux antipodes de ce qui avait pu être fait auparavant. Exit les tenues moulantes, il arrête avec les équipes étendues pour se recentrer sur Wolverine, Cyclope, Jean-Grey, Emma Frost, le Fauve et Le professeur Xavier, et surtout il développe des thèmes propres aux X-men, mais à sa sauce: Expéditif, irrévérencieux, à contre-sens et le tout, sous poudré d'une réflexion sous-jacente, pas forcement visible au premier coup d'œil...
Le début de la saga, voit arriver un personnage qui va avoir un impact immense dans l'univers des x-men, et dans l'univers marvel: Cassandra Nova. Elle va rythmer la série par ses actes, un génocide mutant dès le second numéros la disparition de Magneto, la remise en cause du bien fondé des actes de Xavier, la ruine de l'empire extra-terrestre Shiar (juste ça...).
Par la suite, les nouveautés ne s'arrêtent pas: L'arrivée de Xorn, peut être le personnage le plus énorme de l'univers Marvel (un mutant avec une étoile à la place de la tête), et son influence sur l'école pour mutant, et sur l'avenir des X-men... L'apparition du Kick, une drogue, qui replace d'emblée un thème cher à Morrison: Les psychotrope et leurs effets. Ici le Kick est une drogue décuplant les capacités mutant, mais aux effets secondaires plutôt dévastateurs. L'arrivée de la menace des U-men, groupuscule d'humains cherchant à s'accaparer les capacités mutants par la greffe. Et surtout un approfondissement des relations entre les personnages qui va aboutir à de gros changements.
Bref Grant Morrison fout un beau bordel, les jeunes mutants qui apparaissent dans ses pages sont loin d'être aussi glamours que les héros de la série, pour beaucoup, leurs pouvoirs sont de véritables handicaps. Tous Ces éléments rendent l'univers X moins propre. On est moins certain du bien fondé des actes de Xavier, il y a beaucoup de dissidence au sein de l'école, le couple Jean Grey/Scott summers en place depuis des décennies, bat désormais de l'aile, les personnages ont des problèmes très humains et les méchants sont sales et agissent sans prendre de gants.
A suivre, numéro par numéro, c'est un véritable plaisir, il y a de nombreuses péripétie, on découvre pas mal de nouveau personnages attachants, il se passe des évènements tellement énorme qu'on se demande comment le scénariste qui va passer derrière pourra s'en sortir, mais c'est lorsqu'on regarde l'œuvre dans sa globalité qu'on capte à quel point le délire est maitrisé et aboutie. En effet, lorsqu'on arrive au chapitre " Planète X" on se dit que Morrison s'est décidément bien foutu de la gueule du monde en balançant des promesses en l'air et en faisant l'exact contraire, et s'il s'était arrêté là, on aurait pu être frustré, mais malgré ses tensions avec le responsable éditoriale de Marvel, l'ami Grant a quand même pondu un ultime chapitre: "Here come tomorrow" qui pour le coup est, excusez moi du terme, une putain de conclusion de tout. Le chapitre se déroule dans un futur plutôt lointain, rien ne se déroule comme on peut l'espérer, et on comprend surtout que tous les éléments développés durant les différents chapitres, et qui semblaient ne pas avoir de liens, se retrouvent noués ensemble pour ces quelques derniers numéros. On se rend compte aussi que le scénariste avait truffé son récit de sous-entendus (notamment autour du personnage de Jean-Grey, clé de voute de l'édifice, et du fauve), ce qui rend la relecture passionnante. Le final apocalyptique en laissa plus d'un sur le carreau, à commencer par les éditeurs eux-même, qui ne trouvèrent qu'une relance pure et simple de la série pour justifier la chose...
Le passage de Grant Morrison chez les x-men se fait encore sentir aujourd'hui, en effet le gros évènement House of M découle directement de ce qui s'est passé durant la période Morrison, et l'évènement X-men La fin, écrit par Claremont (le papa spirituel des X-men) est une suite directe de l'histoire de Grant Morrison, impliquant les agissements de Cassandra Nova, et le fait d'avoir lu cette période pour espérer y comprendre quelque chose...
Le pavé que représente cette histoire est disponible chez Panini dans la collection Marvel deluxe (3 tomes et demi puisque le dernier tome contient la transition inepte qu'a pondu Marvel après que Morrison lui ai dit merde.) ce qui fait que ce n'est pas donné, mais franchement, pour une fois, ça vaut le prix que ça coute...Le seul reproche que je peux faire à cette série, c'est que c'est souvent moche. Passé l'intro de Franck Quitely et l'annual de Leinil Yu, il faut attendre la fin de la série avec l'arrivée de Chris Bacchalo et Marc Silvestri, pour voir quelque chose de potable, mais ça contribue à l'ambiance générale pas nette de la série.
Bref lisez ce morceau d'histoire!!


















