Personne ne pensait ça possible, et pourtant, c'est arrivé. Le Joker est libéré d'Arkham, les docteurs de l'asile l'ont déclaré capable de marcher dans les rues et de se mêler aux citoyens...

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Si vous êtes passé récemment dans un magasin culturel, vous n'êtes pas sans savoir que Dark Knight, le succès ciné de l'année passé, vient de sortir en DVD. Et cet album en est la parfaite extension. Il n'a pas été créé pour cela, les premières traces du scénario et les premiers croquis remontent avant que l'on parle du film cité ci-dessus. Cependant, la similarité des deux traitements pourrait faire penser le contraire, ne serai-ce que sur le visage du Joker.

Brian Azzarello est un scénariste plutôt habitué au polar, et même si il s'est déjà plongé dans l'univers dejoker_released Batman, il n'avait jamais vraiment touché son ennemi le plus intime. Et il faut bien avouer que c'est une réussite. Premier point, même si le clown meurtrier est le personnage principal, il n'est pas le narrateur, ce qui permet de ne perdre le lecteur. C'est Jonny Frost, malfrat ambitieux qui nous fait partager le récit. Ensuite, le scénariste a la bonne idée de ne pas traiter le personnage comme un comique troupier, c'est un fou dangereux, sans conscience et avec un sens de l'humour tout à fais particulier, à l'image du personnage campé par le regretté Heath Ledger. Tout l'univers criminel de Gotham est traité de manière terre-à-terre, afin de leurs donner une autre profondeur, loin de la grandiloquence qu'on leurs a trop souvent prêté, ils sont ici terrifiant de banalité.

leejokerLe dessin n'est pas sans rappeler la gravure ou la sculpture. Lee Bermejo, le dessinateur, travaille dans la masse et caractérise sans mal tout les malfrats qui peuplent la ville de l'homme chauve-souris. Comme si il inscrivait dans le marbre chaque version des personnages qu'il propose. Chacun est majestueux, campé, imposant et à sa place dans le bestiaire inquiétant qui peuple les bas-fonds de cette cité imaginaire.

 

Si vous cherchez un complément à Dark Knight, c'est cet album, il correspond à la vision du film tout en étant totalement différent. De plus, aucunes connaissances de l'imposante mythologie des personnages n'est nécessaire, il vous sont présentés neuf et vierge de tout passé. Les deux auteurs (qui avaient déjà donné leur propre vision de Lex Luthor dans l'album du éponyme) signe un album qui se lit d'une traite, prenant, qui plus qu'une nouvelle aventure est surtout une plongée dans une vision perturbée et dangereuse.

Joker, de Brian Azzarello et Lee Bermejo, collection DC Icons, 128 pages, 18 euros.